Par Wiss
Bon ben voilà, Embrun, c'est fait....
Sincèrement je m'attendais à quelque chose de difficile physiquement, ce le fût, mais psychologiquement c'est encore pire...
Récit de la course et de ce qui va avec :
On est arrivés la veille, après une halte à Grenoble, mon ancien chez-moi. Direction le briefing parmi les 800 et quelques autres athlètes après avoir retrouvé quelques collègues déjà sur place, qui ont reconnu le parcours vélo en voiture et qui nous prédisent l'Enfer sur Terre... Ca promet... Bref.
Le temps de prendre quelques photos souvenirs devant le plan d'eau, de préparer le vélo et de le déposer dans le parc, et il est déjà temps de penser à rentrer à l'hôtel situé à quelques kilomètres pour manger et tenter de dormir, demain réveil à 3h30.
Repas en compagnie de Claude et sa famille, Bernard qui est venu seul, ma miss et moi, des pâtes à profusion, va y en avoir besoin !
La nuit se passe pas mal, je pensais que j'aurais plus de mal à dormir, mais bon je me suis quand même réveillé à 2h40, l'impatience était grande.
Le temps d'avaler tranquillement le petit déj', vérifier une dernière fois les sacs, que je n'oublie pas les baskets ou autre chose, et je redescends à Embrun pour préparer le départ. Bien avant 5 heures, il y a déjà pas mal de monde, autant en public qu'en concurrents.
L'heure fatidique du départ approche, mais le fait d'être en compagnie de pas mal de collègues du club (11 en tout au départ) et d'autres qui ont fait le déplacement pour nous encourager permet de dédramatiser le truc.
5h50, on est tous prêts à partir, les filles et les handisports prennent le départ, 10 minutes avant nous. Puis 6h, arrive notre tour, la sirène retentit !
La natation se passe en deux tours, et je suis surpris de la virulence de certains concurrents, ça fighte sec dans l'eau ! Difficile au début de trouver ses repères en nageant de nuit, avec d'autres on manque de peu de couper la première bouée, un kayakiste nous rappelle à l'ordre. Le reste de la natation se déroule sans encombre, même si par deux fois je me fais attraper les chevilles, j'ai eu un peu peur de me faire arracher la puce de chronométrage, mais finalment pas de souci.
Le parcours n'est pas monotone, il y a beaucoup de bouées à franchir, ça permet d'occuper l'esprit et d'avoir des points de repère, le temps passe plus vite. De plus, le jour se lève rapidement et la visibilité est excellente.
Sortie de l'eau au bout d'1h13, soit exactement dans les temps que je m'étais fixé, je suis donc plutôt content de moi !
Le temps de se sécher et d'enfiler la tenue de vélo, et en avant pour le plus gros morceau de la course, du moins c'est ce que je pensais...
Ca grimpe d'entrée, dès la sortie du parc, et cela pendant un peu plus de 10 bornes. Je le savais et je prends donc mon mal en patience en roulant à l'économie. Bonne surprise, je reste dans le rythme des coureurs qui m'accompagnent, donc pas largué du tout, tant mieux c'était ma hantise.
Déjà 20 kms de roulés et on attaque enfin la première descente rapide. Le vélo répond bien, freine bien, je suis rassuré, la panne mécanique, j'avoue que ça m'inquiétait. On attaque une partie relativement roulante, assez plate, mais au milieu des voitures c'est pas évident. Premier retour sur Embrun, on recroise un public dense et des têtes connues, on entend des "Allez Wiss", "Allez Besac", ça fait plaisir !
Les bornes s'enchaînent tranquillou, dans un bon rythme, environ 25 de moyenne malgré la première grosse ascension, et au bout d'environ 75 bornes commence à se profiler les premiers lacets de l'Izoard, qui sera le premier juge de paix de la journée..
C'est là que ça se complique un peu. Je n'ai pas un gabarit de grimpeur, donc les longues ascensions ne me réussissent pas trop. La chaleur commence à se faire sentir (on approche de midi) et la pente augmente crescendo : plus le sommet approche, plus la pente est raide. La première moitié du col est abordable et se déroule plutôt bien à mon goût, mais dès que l'on passe le panneau "Brunissard", c'est autre chose...
La pente s'accentue brutalement, pour flirter avec les 12%, pendant d'interminables kilomètres (8 en tout). Je me mets à petit rythme pour en garder sous le pied, la journée est encore longue. 6 km/h, pour faire 8 bornes, c'est long. Heureusement on croise des bisontins dans l'ascension, Manu qui a fait le déplacement et qui nous suit en voiture, Maud et Benoît aussi en voiture, qui nous encouragent et nous boostent, ça aide !
En cours d'ascension je croise Alex arrêté sur le bord de la route, des crampes qui le tenaillent. J'essaie de l'encourager mais bon... Les lacets s'enchaînent, le sommet semble si loin. A quelques mètres de la Casse Déserte, sorte de désert aride qui orne le sommet de l'Izoard, Jessy me rattrappe. La Casse Déserte, endroit majestueux et inquiétant à la fois, qui offre une vue imprenable sur les sommets alentours, magnifique !
Le sommet du col est visible, on passe le panneau "100ème km" mais il reste encore deux bons kilomètres, je ressens les premières crampes dans les cuisses, on fait ce qu'on peut pour les faire passer tout en roulant. Une petite descente le temps de se rafraîchir un peu, 500 mètres à peine, et c'est l'assaut final du col, avec l'aide d'un public nombreux.
Ca y est, le sommet est atteint, 2360 m d'altitude, il fait finalement assez frais et l'oxygène est plus rare, d'où les crampes. Je regarde en bas, il reste aux autres 45 minutes pour passer le col dans les délais (avant 13h10) mais il y a encore du monde sur le vélo que je peux voir en contrebas...Un petit ravito, je discute 5 minutes avec Jessy, j'enfile mon poncho de fortune (un sac poubelle avec trois trous pour la tête et les bras), un peu de papier journal pour isoler du vent, et c'est parti pour la seconde partie du vélo. Descente rapide, le compteur flirte avec les 80km/h dans les grandes lignes droites récemment refaites, de vrais boulevards.
Un petit passage dans Briançon, et c'est le début du retour sur Embrun, avec le vent de face qui nous suivra tout du long.
Il est déjà plus de 13h, ça fait six heures que je suis sur le vélo et mon dos commence à me le faire savoir... Il reste trois grosses difficultés franchir, la première aux Vigneaux se franchit bien. La seconde le "mur" de Pallon porte bien son nom : quand on arrive dessus, on a vraiment l'impression de rentrer dans un mur tant la pente est rectiligne et raide, certains passages sont à 15% ! On prend donc son mal en patience, ça dure pas loin de 4 ou 5 kms...
Bon finalement ça passe, et on rejoint la route que l'on a pris au départ, retour sur Embrun, et c'est là que le plus dur arrive. Après être rentré dans Embrun, on attaque le col de Chalvet, qui se situe sur les hauteurs de la ville. Environ 6 bornes d'ascension à 11-12 % de moyenne, quand on a 180 bornes dans les pattes, c'est infernal. J'apprendrais après que cette dernière côte a eu raison de nombre de participants qui ont mis pied à terre à ce moment-là.
La montée est interminable, Jessy qui est reparti après moi de l'Izoard me double à nouveau, je suis au ralenti, et je sais qu'il ne faut pas que ça dure trop longtemps, les crampes ne sont pas loin, la fatigue est importante... C'est là qu'on se dit que finalement l'Izoard n'est qu'une petite partie de la difficulté totale du parcours, Chalvet est vraiment terrible. Je regarde la montre pour vérifier mon temps par rapport aux délais, à ce niveau ça va, sauf accident je serais au parc à temps.
Enfin le dernier somment, j'ai la tête qui tourne, je ne peux plus rien avaler, il me faut quelques secondes au moins pour m'en remettre et pouvoir aborder la dernière descente sereinement, j'attends que ma lucidité revienne.
Bien m'en a pris, la route de la descente est pourrie, bosselée à mort, je suis tout le temps en train de freiner, impossible de récupérer, mal aux mains à force, la totale.
Enfin le parc à vélos, 188 bornes après... Alors que j'arrive, le 5ème au général passe la ligne alors que je n'ai pas commencé le marathon. Hervé Faure, le vainqueur, a fini la course depuis plus d'une heure...
Vélo posé, je cause avec Jessy qui n'est pas encore reparti, me change. Je croise Bernard qui est rentré hors-délai en haut de l'Izoard, il n'avait pas les jambes, bad day.
En avant pour la course à pied, je pars en marchant les premiers mètres, le temps de relancer la machine. Un tour du lac à faire, trois bornes plates, ça va pas mal, on recroise quelques bisontins sur le bord de la route.
Ensuite la route s'élève de nouveau, une côte de 1500 m, et là, dès que ça grimpe, crampes un peu partout, obligé de marcher pendant toute la montée. On passe dans le centre d'Embrun, les gens nous encouragent, mais ça monte tellement que je suis obligé de continuer à marcher, impossible de courir.
Je fais à peine 7 kms en une heure, j'espère un peu que les jambes reviendront à un moment ou à un autre, mais ce ne sera pas le cas finalement. Les kilomètres s'enchaînent péniblement, tantôt en footing léger, le plus souvent à la marche. Je croise quelques concurrents arrêtés sur le bord de la route, l'un est avec des bénévoles et leur dit qu'il ne peut plus du tout avancer, fini pour lui...
La course à pied se fait en deux tours, je boucle le premier en trois heures, ce qui permet de croiser les collègues, ceux qui ont fini comme René, ou dû abandonner comme Claude. Un bisou à la miss, et on retourne sur le parcours. Plus ça va, pire c'est, je ne peux quasiment plus courir et la nuit commence à tomber... Kilomètre 30, ça commence à devenir difficile dans la tête, le temps se fait très, très long... Avec un gars des Pyrénées Atlantiques qui faisait comme moi, trottinait puis marchait, on commence à discuter tout en avançant, on se décide à faire a fin en marchant pour ne pas arriver à l'agonie, de toute façon il n'y a pas de délai éliminatoire à l'arrivée. On croise d'autres concurrents, on se fait doubler un peu, on en passe d'autres. Dans la nuit, une voiture de l'organisation nous accompagne un temps pour nous éclairer la route et nous tenir compagnie, sympa !
Il est 23 h, l'arrivée se profile, on refait un dernier tour de lac, et pendant ce temps, la miss, accompagnée du président viennent à notre rencontre car cela faisait déjà plus de 6 heures que j'avais entamé le parcours pédestre. On fait les deux derniers kilomètres tous ensemble, jusqu'à la zone réservée aux coureurs. Malgré le rythme peu élevé, l'hypoglycémie guette, même en marchant je chope des crampes... 23h45, 17h45 de course, la ligne d'arrivée se profile, mon collègue d'infortune passe la ligne avec moi et ses deux enfants, il y a encore beaucoup de monde de présent, beaucoup de spectateurs ! On nous remet le tant convoité polo "Finisher", quelques photos, les félicitations de tout le monde, c'est énorme. Mais bon, la tête tourne un peu, je file assez vite sous la tente des kinés, grand besoin de m'allonger.
Pendant la séance de massage, j'entends le speaker qui annonce l'arrivée des derniers, qui bouclent en à peine plus de 18 heures. J'apprendrais après qu'en tout, sur 800 partants en gros, on a été que 542 à franchir la ligne, une véritable hécatombe. Ce qui me rend d'autant plus fier d'avoir passé la ligne !
Embrun est une expérience grandiose, qui fait tâter ses propres limites physiques, mais qui éprouve encore bien plus les limites psychologiques des participants. On a beau avoir les jambes, si on n'a pas la tête on ne finit pas.
Comme quoi, après deux ans sans sport, une seule année de triathlon, finir Embrun c'est possible ! Je voulais me prouver ce fait, mais aussi le prouver aux autres personnes qui ont suivi la préparation, même si j'avoue qu'au départ je ne savais pas trop où j'allais. Nos seules limites sont celles qu'on se fixe !
A bientôt,
Bon ben voilà, Embrun, c'est fait....
Sincèrement je m'attendais à quelque chose de difficile physiquement, ce le fût, mais psychologiquement c'est encore pire...
Récit de la course et de ce qui va avec :
On est arrivés la veille, après une halte à Grenoble, mon ancien chez-moi. Direction le briefing parmi les 800 et quelques autres athlètes après avoir retrouvé quelques collègues déjà sur place, qui ont reconnu le parcours vélo en voiture et qui nous prédisent l'Enfer sur Terre... Ca promet... Bref.
Le temps de prendre quelques photos souvenirs devant le plan d'eau, de préparer le vélo et de le déposer dans le parc, et il est déjà temps de penser à rentrer à l'hôtel situé à quelques kilomètres pour manger et tenter de dormir, demain réveil à 3h30.
Repas en compagnie de Claude et sa famille, Bernard qui est venu seul, ma miss et moi, des pâtes à profusion, va y en avoir besoin !
La nuit se passe pas mal, je pensais que j'aurais plus de mal à dormir, mais bon je me suis quand même réveillé à 2h40, l'impatience était grande.
Le temps d'avaler tranquillement le petit déj', vérifier une dernière fois les sacs, que je n'oublie pas les baskets ou autre chose, et je redescends à Embrun pour préparer le départ. Bien avant 5 heures, il y a déjà pas mal de monde, autant en public qu'en concurrents.
L'heure fatidique du départ approche, mais le fait d'être en compagnie de pas mal de collègues du club (11 en tout au départ) et d'autres qui ont fait le déplacement pour nous encourager permet de dédramatiser le truc.
5h50, on est tous prêts à partir, les filles et les handisports prennent le départ, 10 minutes avant nous. Puis 6h, arrive notre tour, la sirène retentit !
La natation se passe en deux tours, et je suis surpris de la virulence de certains concurrents, ça fighte sec dans l'eau ! Difficile au début de trouver ses repères en nageant de nuit, avec d'autres on manque de peu de couper la première bouée, un kayakiste nous rappelle à l'ordre. Le reste de la natation se déroule sans encombre, même si par deux fois je me fais attraper les chevilles, j'ai eu un peu peur de me faire arracher la puce de chronométrage, mais finalment pas de souci.
Le parcours n'est pas monotone, il y a beaucoup de bouées à franchir, ça permet d'occuper l'esprit et d'avoir des points de repère, le temps passe plus vite. De plus, le jour se lève rapidement et la visibilité est excellente.
Sortie de l'eau au bout d'1h13, soit exactement dans les temps que je m'étais fixé, je suis donc plutôt content de moi !
Le temps de se sécher et d'enfiler la tenue de vélo, et en avant pour le plus gros morceau de la course, du moins c'est ce que je pensais...
Ca grimpe d'entrée, dès la sortie du parc, et cela pendant un peu plus de 10 bornes. Je le savais et je prends donc mon mal en patience en roulant à l'économie. Bonne surprise, je reste dans le rythme des coureurs qui m'accompagnent, donc pas largué du tout, tant mieux c'était ma hantise.
Déjà 20 kms de roulés et on attaque enfin la première descente rapide. Le vélo répond bien, freine bien, je suis rassuré, la panne mécanique, j'avoue que ça m'inquiétait. On attaque une partie relativement roulante, assez plate, mais au milieu des voitures c'est pas évident. Premier retour sur Embrun, on recroise un public dense et des têtes connues, on entend des "Allez Wiss", "Allez Besac", ça fait plaisir !
Les bornes s'enchaînent tranquillou, dans un bon rythme, environ 25 de moyenne malgré la première grosse ascension, et au bout d'environ 75 bornes commence à se profiler les premiers lacets de l'Izoard, qui sera le premier juge de paix de la journée..
C'est là que ça se complique un peu. Je n'ai pas un gabarit de grimpeur, donc les longues ascensions ne me réussissent pas trop. La chaleur commence à se faire sentir (on approche de midi) et la pente augmente crescendo : plus le sommet approche, plus la pente est raide. La première moitié du col est abordable et se déroule plutôt bien à mon goût, mais dès que l'on passe le panneau "Brunissard", c'est autre chose...
La pente s'accentue brutalement, pour flirter avec les 12%, pendant d'interminables kilomètres (8 en tout). Je me mets à petit rythme pour en garder sous le pied, la journée est encore longue. 6 km/h, pour faire 8 bornes, c'est long. Heureusement on croise des bisontins dans l'ascension, Manu qui a fait le déplacement et qui nous suit en voiture, Maud et Benoît aussi en voiture, qui nous encouragent et nous boostent, ça aide !
En cours d'ascension je croise Alex arrêté sur le bord de la route, des crampes qui le tenaillent. J'essaie de l'encourager mais bon... Les lacets s'enchaînent, le sommet semble si loin. A quelques mètres de la Casse Déserte, sorte de désert aride qui orne le sommet de l'Izoard, Jessy me rattrappe. La Casse Déserte, endroit majestueux et inquiétant à la fois, qui offre une vue imprenable sur les sommets alentours, magnifique !
Le sommet du col est visible, on passe le panneau "100ème km" mais il reste encore deux bons kilomètres, je ressens les premières crampes dans les cuisses, on fait ce qu'on peut pour les faire passer tout en roulant. Une petite descente le temps de se rafraîchir un peu, 500 mètres à peine, et c'est l'assaut final du col, avec l'aide d'un public nombreux.
Ca y est, le sommet est atteint, 2360 m d'altitude, il fait finalement assez frais et l'oxygène est plus rare, d'où les crampes. Je regarde en bas, il reste aux autres 45 minutes pour passer le col dans les délais (avant 13h10) mais il y a encore du monde sur le vélo que je peux voir en contrebas...Un petit ravito, je discute 5 minutes avec Jessy, j'enfile mon poncho de fortune (un sac poubelle avec trois trous pour la tête et les bras), un peu de papier journal pour isoler du vent, et c'est parti pour la seconde partie du vélo. Descente rapide, le compteur flirte avec les 80km/h dans les grandes lignes droites récemment refaites, de vrais boulevards.
Un petit passage dans Briançon, et c'est le début du retour sur Embrun, avec le vent de face qui nous suivra tout du long.
Il est déjà plus de 13h, ça fait six heures que je suis sur le vélo et mon dos commence à me le faire savoir... Il reste trois grosses difficultés franchir, la première aux Vigneaux se franchit bien. La seconde le "mur" de Pallon porte bien son nom : quand on arrive dessus, on a vraiment l'impression de rentrer dans un mur tant la pente est rectiligne et raide, certains passages sont à 15% ! On prend donc son mal en patience, ça dure pas loin de 4 ou 5 kms...
Bon finalement ça passe, et on rejoint la route que l'on a pris au départ, retour sur Embrun, et c'est là que le plus dur arrive. Après être rentré dans Embrun, on attaque le col de Chalvet, qui se situe sur les hauteurs de la ville. Environ 6 bornes d'ascension à 11-12 % de moyenne, quand on a 180 bornes dans les pattes, c'est infernal. J'apprendrais après que cette dernière côte a eu raison de nombre de participants qui ont mis pied à terre à ce moment-là.
La montée est interminable, Jessy qui est reparti après moi de l'Izoard me double à nouveau, je suis au ralenti, et je sais qu'il ne faut pas que ça dure trop longtemps, les crampes ne sont pas loin, la fatigue est importante... C'est là qu'on se dit que finalement l'Izoard n'est qu'une petite partie de la difficulté totale du parcours, Chalvet est vraiment terrible. Je regarde la montre pour vérifier mon temps par rapport aux délais, à ce niveau ça va, sauf accident je serais au parc à temps.
Enfin le dernier somment, j'ai la tête qui tourne, je ne peux plus rien avaler, il me faut quelques secondes au moins pour m'en remettre et pouvoir aborder la dernière descente sereinement, j'attends que ma lucidité revienne.
Bien m'en a pris, la route de la descente est pourrie, bosselée à mort, je suis tout le temps en train de freiner, impossible de récupérer, mal aux mains à force, la totale.
Enfin le parc à vélos, 188 bornes après... Alors que j'arrive, le 5ème au général passe la ligne alors que je n'ai pas commencé le marathon. Hervé Faure, le vainqueur, a fini la course depuis plus d'une heure...
Vélo posé, je cause avec Jessy qui n'est pas encore reparti, me change. Je croise Bernard qui est rentré hors-délai en haut de l'Izoard, il n'avait pas les jambes, bad day.
En avant pour la course à pied, je pars en marchant les premiers mètres, le temps de relancer la machine. Un tour du lac à faire, trois bornes plates, ça va pas mal, on recroise quelques bisontins sur le bord de la route.
Ensuite la route s'élève de nouveau, une côte de 1500 m, et là, dès que ça grimpe, crampes un peu partout, obligé de marcher pendant toute la montée. On passe dans le centre d'Embrun, les gens nous encouragent, mais ça monte tellement que je suis obligé de continuer à marcher, impossible de courir.
Je fais à peine 7 kms en une heure, j'espère un peu que les jambes reviendront à un moment ou à un autre, mais ce ne sera pas le cas finalement. Les kilomètres s'enchaînent péniblement, tantôt en footing léger, le plus souvent à la marche. Je croise quelques concurrents arrêtés sur le bord de la route, l'un est avec des bénévoles et leur dit qu'il ne peut plus du tout avancer, fini pour lui...
La course à pied se fait en deux tours, je boucle le premier en trois heures, ce qui permet de croiser les collègues, ceux qui ont fini comme René, ou dû abandonner comme Claude. Un bisou à la miss, et on retourne sur le parcours. Plus ça va, pire c'est, je ne peux quasiment plus courir et la nuit commence à tomber... Kilomètre 30, ça commence à devenir difficile dans la tête, le temps se fait très, très long... Avec un gars des Pyrénées Atlantiques qui faisait comme moi, trottinait puis marchait, on commence à discuter tout en avançant, on se décide à faire a fin en marchant pour ne pas arriver à l'agonie, de toute façon il n'y a pas de délai éliminatoire à l'arrivée. On croise d'autres concurrents, on se fait doubler un peu, on en passe d'autres. Dans la nuit, une voiture de l'organisation nous accompagne un temps pour nous éclairer la route et nous tenir compagnie, sympa !
Il est 23 h, l'arrivée se profile, on refait un dernier tour de lac, et pendant ce temps, la miss, accompagnée du président viennent à notre rencontre car cela faisait déjà plus de 6 heures que j'avais entamé le parcours pédestre. On fait les deux derniers kilomètres tous ensemble, jusqu'à la zone réservée aux coureurs. Malgré le rythme peu élevé, l'hypoglycémie guette, même en marchant je chope des crampes... 23h45, 17h45 de course, la ligne d'arrivée se profile, mon collègue d'infortune passe la ligne avec moi et ses deux enfants, il y a encore beaucoup de monde de présent, beaucoup de spectateurs ! On nous remet le tant convoité polo "Finisher", quelques photos, les félicitations de tout le monde, c'est énorme. Mais bon, la tête tourne un peu, je file assez vite sous la tente des kinés, grand besoin de m'allonger.
Pendant la séance de massage, j'entends le speaker qui annonce l'arrivée des derniers, qui bouclent en à peine plus de 18 heures. J'apprendrais après qu'en tout, sur 800 partants en gros, on a été que 542 à franchir la ligne, une véritable hécatombe. Ce qui me rend d'autant plus fier d'avoir passé la ligne !
Embrun est une expérience grandiose, qui fait tâter ses propres limites physiques, mais qui éprouve encore bien plus les limites psychologiques des participants. On a beau avoir les jambes, si on n'a pas la tête on ne finit pas.
Comme quoi, après deux ans sans sport, une seule année de triathlon, finir Embrun c'est possible ! Je voulais me prouver ce fait, mais aussi le prouver aux autres personnes qui ont suivi la préparation, même si j'avoue qu'au départ je ne savais pas trop où j'allais. Nos seules limites sont celles qu'on se fixe !
A bientôt,


