« Retour au blog de ironmen-of-besac

« Pense a l'instant présent, et non à ce qui va t'arriver...»

« Pense a l’instant présent, et non à ce qui va t’arriver...»
Par Jessy

« Pense a l'instant présent, et non à ce qui va t'arriver.. La course commencera réellement au marathon !!! »

A J-2 mon visage se ferme, la reconnaissance du parcours vélo se poursuit en voiture avec Alex GILBIN et ses amis dans leur somptueux 4/4.
Cela fait maintenant une heure que nous nous laissons conduire pénard ; le premier diagnostic tombe : en sortie d'eau, c'est 14 kms de montés sur les 35 premiers km, Dénivelé + 600 reste encore à reconnaître 153kms !!

Ou suis-je ?

Les conseils des anciens défilent dans ma tête ;
« C'est EMBRUN , fils.. la course la plus difficile au monde ou tout le gratin du triathlon international débarque » !!
« T'y laisseras forcément des plumes » !!
Je souligne sur la carte la trajectoire du parcours, comme pour me donner bonne conscience et pourquoi pas privilégier une sortie montagne au sein du club ayant pour thème : sur les traces du mythique EM 2007.
Mais quelle couleur de stabilo dois-je prendre pour identifier les pentes positives : le rouge ? Mais y'a du rouge partout, ça ne sert à rien ; si a nous foutre les boules !!
Apres 3 heures de reconnaissance en véhicule, nous privilégions un arrêt à l'auberge de BRUNISSARD pour y déguster une collation et souffler un peu.
Le lieu dit BRUNISSARD ne m'est pas inconnu : Pierre et Manu m'en ont dit que du bien :
« Tu verras Jessy, a BRUNISSARD, t'enflamme pas, c'est un long faux plat montant en ligne droite avant d'attaquer les lacets du col de l IZOARD au km 90.
Ne regarde pas ton compteur,mais tu pourras compter le nombre de rayons de ta roue » !!.
Même Marilyne la patronne de l'auberge participe à l'événement.
« C'est horrible car tu auras le vent de face, même les professionnels maudissent ce tronçon.
Merci Marilyne, bon on y va les gars, le col de l'IZOARD nous attend.
Vue somptueuse au final des 8 km d'ascension sur des 10% par endroit pour ne pas dire plus...c'est au sommet que l'on pourra bénéficier de notre ravit perso. Pour ma part mon choix est fait (pain + comté) + arrêt de 20 minutes.
La longue descente sur BRIANCON est amorcée, on marque le km 120. on décide de shunter la reconnaissance des cotes des VIGNEAUX et de PALLON pour se consacrer au final du final, la cote de CHALVET au km 180 à l'entrée d'EMBRUN.
6kms de monter sur 12% par endroit... Le mur !!!!!!
Nos accompagnateurs rient du silence qui pèse dans la voiture. Alex et moi sommes dubitatifs et pensifs ; WISSAM qui n'aime pas les côtes, il va être servi. Il fera comme nous, il comptera les rayons du vélo ça lui donnera aussi une allure de pointe.
La reconnaissance vélo fini,c'est D+ 5000 sous 188kms à réaliser pour ma part en moins de 9h20 si je veux être dans les temps.
Une hantise me perturbe : ayant des faiblesses au chrono natation, je vise les 1h30.
hors j'ampute sur mon temps vélo et suis limité à 9h20 d'effort.
Beaucoup rattraperont le temps perdu dans les pentes positives, en gérant des descentes techniques habiles sur les freins. Les descentes techniques ne sont pas ce que je préfère, je suis trop amoureux de mes freins. Dois je laissé le doute s'installer sur le hors délai vélo
Le conseil de René revient.
« Traduis cette course comme une grande ballade Jessy, fige le temps et prend du plaisir, c'est ta course. C'est un rendez vous avec toi-même avant tout ».


Réveil à 3 heures du matin, nous y sommes. A 6 heures, le départ sera donné pour 15 à 16 heures d'efforts. C'est l'inconnu...

Je n'ai pas beaucoup dormi même si le dodo était programmé à partir de 21h00.
Au début ce sont les enfants du camping qui font la guerre entre eux ; il aura fallu l'intervention d'un futur IRONMAN pour recadrer tout ce petit monde vers 22h30. Puis vers 23h00 ce fut le tir amorcé du feu d'artifice du village voisin que j'ai imaginé le plus horrible qui soit.
Je prends depuis 10 minutes mon petit déjeuner dehors sur la terrasse abritée de mon chalet. Seule la lune m'éclaire comme pour faire la lumière dans ma tête sur cette journée qui m'attends. Cette journée que je prépare depuis janvier. Je m'isole, je fais le vide. Je suis prêt.

A 5 heures, je me présente vers le parc à vélo ; le pack triathlètes Bisontins est réunit sous des dossards qui se suivent. Moi c'est le 266. Nous sommes tous ensemble réunit. Bernard est à coté de moi et peaufine sa préparation. Du haut de ses 3 participations à EMBRUN, j'essaie de l'imiter dans son organisation. Les regards se croisent, et brillent sous les projecteurs. Ensemble je me sens confiant, proche et quelque part en sécurité au sein du club, au sein de nos anciens. C'est assez troublant et magique. C'est qu'il fait encore nuit, on chuchote presque. Il est 5h40, nous sommes prêt et partons tous ensemble encourager le départ natation féminin et handisport.
6 heures le départ est donné, le départ des 840 concurrents est rapide ; pas si vite !!, je me prends quelque tartines mais prend le temps d'en donner. On n'est pas à 10 places près.

Le jour se lève et j'amorce mon deuxième tour de bassin, je vois le fond de l'eau, j ai bien fait de ne pas prendre mes lunettes miroitées pour garder le cap en pleine nuit mais je regrette de voir le fond du lac avec les lunettes transparentes. J'ai l'impression d'être ivre c'est très désagréable.

1h30 après comme prévu je sors de l'eau ; j'enchaîne le vélo et ses 14 kms de montés initiales traduisant les prémices d'un parcours particulièrement difficile que je dois gérer. Sur la route je croise innombrables chambres à air non percuté, je constate alors que j'ai perdu ma pompe à vélo. Nous sommes au km35. Ça promet. Sur mon compteur, j'ai omis volontairement l'indicateur de vitesse au profit du tps vélo parcouru (inférieur à 9h30) et de l'heure actuelle (délai IZOARD 13H15).

Je m'alimente selon le même rythme que mes phases d'entraînement LD à savoir toutes les 10 minutes liquide et toutes les heures solide. Les ravitos me servent à me gaver en flotte uniquement. En cote toutes les 5 minutes eau + toutes les 10 minutes eau énergétique. Jusqu'au bout des 188 kms quelque soit la difficulté du parcours, j'aurais gardé la cadence eau + énergétique sans excès.
Sur la route une voiture cherche à me doubler, en me serrant l'immatriculation 25 se positionne à ma hauteur ; c'est Manu C et Francine qui me boostent et me donne rendez vous plus tard.

C'est au final de BRUNISSARD que je retrouve la famille Cupillard, Manu m'accompagne un instant en course à pied, et me donne des conseils, lui qui connaît aussi l'IZOARD pour l'avoir déjà fait et comment bien la gérer.

L'arrêt est judicieux en haut du col de l'ISOARD pour m'alimenter en salé et me couvrir pour entamer cette longue descente sur BRIANCON, deux crampes aux cuisses se manifestent, je dois me mettre en danseuse pour m'en séparer. Le photographe volant de l'organisation est la comme par hasard pour nous immortaliser. Ce positionnement stratégique face à l'effort et à la grimace me suivra tout au long de l'épreuve en la personne de JL MERRA notre préz' qui doublera avec un enthousiasme le photographe volant . .Alex est en difficulté dans l'IZOARD ; rien ne passe en alimentation. Cela lui sera fatal. Wissam quant à lui me talonne handicapé lui aussi par deux crampes.
Le mental est la et je suis dans les temps.

Apres 15 minutes de pause, j'identifie une voile volante noire monté sur un vélo me passant devant : C'est WISSAM qui affublé d'un joli sac poubelle s'attaque à la descente. Il est temps pour moi de reprendre la route. Il y a des Bisontins partout !! La ballade se passe bien, la mécanique aussi.
Le retour sur EMBRUN depuis Briançon se fera à bon nombre de fois le vent de face.

Le contact avec les triathlètes se poursuit néanmoins, certains me mettent en garde devant la difficulté de PALLON. En effet j'ai presque voulu poser le pied à terre devant cette cote courte mais intense face au vent. Le vélo n'avance plus. Tout le monde est dans la difficulté ; les grimaces sont bien là. Je n'entends plus les gens nous encourager ; mes oeilleres se ferment, je suis dans une grande difficulté .. allez BESANCON.

Cette ascension, je l'ai omis à la reconnaissance en VL, j'ai été bluffé.
Je me prépare d'ores et déjà à gérer celle de CHALVET ! si tu passes CHALVET ce sera ta victoire sur une étape montagne que tu appréhendais le plus.

L'avantage de cette difficulté connue c'est que je l'ai identifiée deux jours avant et que je savais ce qu'il m'attendait.

A proximité de cette difficulté marquant la fin du parcours vélo, je retrouve Wissam. Le début d'ascension se fera ensemble, encouragé sur les bords par JL MERRA présent comme par enchantement. Leur présence m'a permis de mieux gérer CHALVET surtout ce haut de cote qui n'en fini plus !!!

Il est 16h40 passé lorsque je rentre de nouveau dans le parc à vélo dans le délai imparti à 17h15.
Je prend 10 minutes à me préparer pour le marathon en ayant une pensée pour WISSAM qui se trouvait être en grande difficulté. Je croise BERNARD qui m'évoque son hors délai dans l'IZOARD et me fais part lui aussi de ses encouragements, puis au moment de partir la joie de voir WISSAM passer le parc à vélo dans les temps malgré un dégoût total des cotes, une overdose en direct.
Manu C qui était revenu sur le parc vélo pour nous encourager, m'invite à ne pas trop traîner malgré la présence des copains.

Les 4 premiers kms de course a pieds me sont pénibles, sur les flancs ; j'ai du mal à respirer, je n'arrive pas à développer ma cage thoracique. Je ressens la même douleur que CUBLIZE en juin dernier sur le 20 km au terme des 100 kms vélo. Le problème est que cette douleur m'a suivi a partir du km 15 et ce jusqu'à la fin. L'angoisse m'envahit. Je décide de m'arrêter et de marcher. De chercher à contrôler ma respiration comme quant on contracte un point de coté. J'alterne marche et course a pied sur 1 km environ. Ca va mieux ; la décision est prise de gérer toutes les difficultés du parcours à pieds. Notre prez m'attends sur la premiere difficulté du parcours CAP. « Ne craque pas Jess' je vais te casser les bonbons jusqu'au bout mon Jess' » « Ah je suis super content D'Jess !!! » « Allez mon Grand »

Tout au long du parcours, les retrouvailles avec J.Luc et Wissam se croiseront .
René passera la ligne d'arrivée alors que j'entame mon deuxieme tour.
C'est à mon tour maintenant de passer la ligne dans 2 heures environ.

Ma volonté s'est décuplée, ma foulée s'est allongée au rythme des encouragements. Mon arrivée est prévue vers 21h30 ; ma famille et ma fille Pauline sont prévenus.... Je serait au rendez vous.
Je remonte GAZIER, il reste 10 kms nous passerons la ligne d'arrivée c'est une certitude.
GAZIER me l'a promis

La nuit est tombée, il est 21h25 je traverse le village triathlon, le public est là, digne d'une arrivée du tour de France. Des mains inconnues se tendent en espérant que je les verrait pour les toucher. Les regards sont là, celui de Bernard May également, la pupille brillante, témoin d'une complicité, d'un vécu. Ma vision est floue, l'émotion prend le dessus ; je me retiens, je pense à Pauline :

"Au loin à 30 mètres de la ligne d'arrivée, Maman m'a tenu en éveille, il est 21h28. Je vois mon Papa qui vient me chercher, je suis la et pas bien grande du haut de mes 14 mois. Il me prend dans ses bras. Ensemble jusqu'au bout.

C'est bizarre tous ces inconnus qui nous acclament. Et le sportif dernier moi qui ne veut pas doubler mon Papa et qui marche lui aussi. C'est ça la valeur du sport ?

Il est 21h30 je passe sous l'arche FINISHER le compteur marque 15h40 minutes, mon Papa me porte vers le ciel, je devine dépasser tout le monde mais mon regard ne quitte pas le regard mouillé de mon Papa. ce rendez vous de petite fille et de son papa, je ne l'oublierais jamais. Maman arrive, on est bien tout les trois. Tu es maintenant un IRONMAN Papa, tu peux poser pour la photo, Jean Luc est là..."

# Posté le vendredi 14 septembre 2007 19:13

Modifié le samedi 15 septembre 2007 01:34

« Article précédent : Six finishers sur onze

Article suivant : Nos seules limites sont celles qu'on se fixe ! »